Historique

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Lac-Frontière, le Klondike de l’est

Lac-Frontière est une petite municipalité regroupant environ deux cent personnes, mais il n’en a pas toujours été ainsi. Lac-Frontière a connu des heures de gloire durant le premier quart du XXe siècle à l’époque où l’industrie forestière était à son apogée. La municipalité, localisée aux abords des frontières canado-américaines, a été pendant deux décennies, un endroit de prédilection pour les travailleurs de la forêt. La rue principale où était située la gare fourmillait de voyageurs venus pour amasser un butin. Les commerçants remplissaient leurs étagères de denrées et de produits de toutes sortes. Pendant que les hôteliers s’activaient à préparer des chambres pour les travailleurs de passage.

Mais pourquoi-t-on ouvert cette paroisse en plein cœur de la forêt appalachienne? Quelles étaient les motivations des travailleurs pour aller à Lac-Frontière? Qui y vivait de façon permanente? Qu’est-ce qui faisait le cachet particulier de ce village?

L’ouverture de la paroisse

Concessions forestières et colonisation

Au début du siècle, le canton Talon est ouvert surtout pour l’exploitation forestière. Les premiers chemins sont tracés dans le rang IX. Outre le chemin des Anglais, on pénètre la montagne par un chemin appelé route de la montagne.

Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, le Québec est vaste et riche en forêt. Le gouvernement adopte, d’une part, des politiques de distribution de terres afin que les colons puissent défricher le sol et, d’autre part, il cède des concessions àè des compagnies forestières. Le chemin des Anglais est construit entre 1840 et 1850 pour relier Saint-Paul-de-Montminy à la frontière canado-américaine. C’est seulement en 1914 qu’arrive dans le canton Talon le premier colon, Odias Roberge, de Saint-Samuel-de-Frontenac, qui s’installe dans le rang IX. La même année, la compagnie forestière B.C. Howard ouvre un bureau et une scierie près du lac appelé alors le Lac des Anglais. En 1915, le premier hôtel de Lac-Frontière est construit pour accueillir les travailleurs. C’est le début du village forestier. La gare fut construite en 1916.

À cette époque, les compagnies forestières et les compagnies de chemin de fer sont étroitement liées. Le Quebec Central Railway, qui dessert l’ensemble de l’est du Québec, construit une voie de chemin de fer jusqu’à Lac-Frontière. Le village devient une tête de ligne, et B.C. Howard bénéficie d’un moyen de transport pour acheminer son bois de sciage à Sherbrooke.

Rapidement, Lac-Frontière s’organise. Ainsi, en 1917, la B.C. Howard Company installe le système d’aqueduc et d’égout dans tout le village. Quant au Quebec Central Railway, il procure les services de télégraphe à la gare. Déjà en 1918, un poste de téléphone est installé, et à la même époque, l’électricité fournie par les génératrices de la scierie est acheminée dans les maisons.

Grâce à ce bon démarrage, par la présence des systèmes de transport et de communication essentiels à la modernité de l’époque, Lac-Frontière ouvre la porte non seulement aux grands de l’industrie du bois, mais aussi aux commerçants. L’hôtellerie devient le type de commerce le plus rentable car la population, venue dans l’espoir d’être amenée dans les chantiers américains, a besoin d’être logée. D’autres commerces s’édifient, tels un cinéma, une bijouterie, deux banques et des magasins généraux. Ils desservent tous les bûcherons, les draveurs et les cuisiniers de chantier – ceux à la recherche d’un travail en forêt ainsi que ceux en revenant, tout heureux de dépenser leur petite fortune amassée rapidement.

Ainsi, était présent, d’une part, le chemin de fer, voie de communication primordiale dans ce territoire de colonisation; et d’autre part, des chantiers forestiers ouverts aux Etats-Unis, tout juste de l’autre côté de la frontière. Ces deux symboles de réussite économique de l’époque contribuèrent à donner à Lac-Frontière, pendant vingt ans, la réputation d’être le « Klondike » de Montmagny-Sud. Ce qui fit que de nombreux colons s’amenèrent à Lac-Frontière et ils attendaient d’être transportés dans les chantiers américains. Pour loger cette population saisonnière et mobile, des hôtels furent alors construits (malheureusement, la grande majorité brûlé).

Une carte cadastrée en 1919, dessinée par le ministère de la Colonisation, démontre comment la rue de la Gare (aujourd’hui la Route 204) est construite en fonction de la voie ferrée. Par la suite, presque tous les bâtiments commerciaux sont édifiés aux abords de la gare, tandis que les bâtiments religieux et institutionnels sont localisés sur une rue perpendiculaire à la rue de la Gare.

Curieusement, Lac-Frontière n’est pas érigé en fonction de la présence du clergé. Considéré comme une station de chemin de fer, le village se développe en fonction de ce qui se passe aux environs de la gare. Néanmoins, la construction de l’église en 1919 et du presbytère l’année subséquente amène la reconnaissance canonique de la paroisse de Saint-Léonidas-de-Lac-Frontière.

Les années de prospérité du village atteignent leur apogée vers 1926 alors que l’entrepreneur forestier Édouard Lacroix construit un « office » pour les chantiers localisés près de Greenville et de Jackman, dans le Maine. Il y fait également construire un chemin de fer pour transporter le bois coupé. En tout, Lacroix engage 3500 hommes dans le Maine et 3000 en Gaspésie.

À la fin de l’été, un flot de « jobbers » se présente à Lac-Frontière pour aller travailler sur les coupes. Les hommes embauchés proviennent de plusieurs régions, mais surtout de la Beauce et de Montmagny-Sud. La grande masse est formée de ruraux qui, voyant leur existence d’agriculteur incertaine, sont prêts à travailler fort pour avoir de l’argent sonnant.

Après l’incendie de 1922 qui rase une bonne partie de la rue de la Gare (aujourd’hui la Route 204), on décide, en 1928, de construire un poste de pompiers pour assurer la protection des citoyens. Ce poste de pompier servi aussi de prison. Plus tard, il sert de salle municipale. Aujourd’hui, il est bien agréable de voir que le bâtiment est toujours conservé dans sa forme d’il y a 60 ans et que la cellule de la prison y est toujours présente.

La vie municipale

La rue de l’église fut construite en 1922 avec la collaboration des gens du village comme travailleurs.

La plus forte population pratiquante enregistrée par la fabrique, c’est celle de 1926, était de composé d’une population dite flottante, c’est-à-dire des gens demeurant à Lac-Frontière pour travailler mais qui n’était pas des résidants. La population totale aurait été d’environ 1800 habitants.

Dans les années de prospérité, le train passait trois fois par jour. Avec les spéciaux, on s’est même rendu à six en une journée.

La paroisse de Lac-Frontière s’est vite distinguée par ses nombreuses maisons commerciales. Dont le tout premier magasin qui comptait 18 employés en 1938. Il y a toujours eu au moins deux hôtels au village jusqu’en 1965, lors de l’incendie. Il y eu un temps où il y en avait même quatre. Plusieurs autres commerces furent présents : une bijouterie, magasin général, un théâtre présentant des films toutes les semaines, une boulangerie, une société coopérative de beurrerie, une boucherie, barbier et pendant une certaine période il y eu deux banques. À Lac-Frontière, il y avait également une police municipale. En juillet 1926, il y avait trois policiers.

Parlons des lignes électriques. Dans les années vingt, le village était électrifié. Cette électricité était fournie par de nombreux moulins à scie. Tous les bâtiments importants avaient l’électricité produite par Delco. La ligne électrique (Hydro) fut assurée en 1948. C’est le 8 août 1953 que les rues du village furent éclairées et, le 13 décembre 1974, les anciennes lumières furent remplacées par l’éclairage au mercure.

Un réseau d’aqueduc fut construit en 1917 par la B.C. Howard. En 1946, la municipalité commença des démarches pour acquérir ce réseau d’aqueduc.

La responsabilité de la baisse dans l’économie du Lac-Frontière fut attribuée en grande partie par la destruction du village par le feu. Des incendies majeurs ont fait pour des milliers de dollars de perte. Une grande partie de la paroisse brûla en juillet 1922. Sept ou huit maisons ont été détruites, dont la bijouterie, la maison de E.N. Bossé, le théâtre (où l’incendie aurait débuté), la propriété de J.W. Lessard & Frères, la maison de Thomas Gagné où était situé la Banque Nationale et l’hôtel P.E. Veilleux. En 1938, le magasin général, fut détruit lui aussi par les flammes. Ce désastre laissa les 18 employés sans travail. On a pas reconstruit ce commerce à cause de la crise économique. Enfin, en 1965, un autre incendie vint détruire la même partie du village qui avait été incendiée en 1922. Le magasin général Bossé, l’hôtel de Mme Alyre Lapierre (cette dernière périt dans l’incendie), la maison de madame Breton, l’hôtel de Jean-Paul Lajoie et l’entrepôt de la gare y passèrent.

Le patrimoine naturel

Le lac est long de 2,4 sur 1,2 kilomètres de large. La décharge du lac est située au sud-est et offre une dénivellation de 4 km avant de franchir la frontière. Le lac est entouré aux trois quarts par la forêt appalachienne et est abondant en maskinongé. Une partie des berges est occupée par un terrain de camping, ainsi qu’une partie appartient à un hôtelier qui accueille les pêcheurs et des chasseurs, de même que VTT et Ski doo, en saison.

Hommes influents

Édouard Lacroix, à dix-huit ans, se retrouve à Lac-Frontière, à l’emploi de la B.C. Howard Lumber de Sherbrooke, qui exploite à cet endroit une scierie, sous le nom de l’English Lumber Company. Il s’occupait de l’achat de bois auprès des particuliers. Il établit de nombreux contacts avec les producteurs de la région qui le servirent lorsqu’il fut à son propre compte. En 1915, la prolongation du chemin de fer jusqu’à Daaquam et à Lac-Frontière ouvre de nouvelles perspectives à l’industrie dans cette région. L’augmentation du prix du bois, occasionnée par la guerre, crée un âge d’or qui atteindra son apogée vers 1926. Profitant de cette vague de prospérité, Édouard Lacroix fait l’acquisition, en 1918, d’un moulin, à Sainte-Lucie-de-Beauregard, qu’il gardera plus de 7 ans en exploitation. En 1919, il achète également celui de Daaquam qui, malheureusement, brûlera trois ans plus tard. En 1927, il détient cinquante camps forestiers et emploie 3500 hommes et coupe 50 millions de billots et 200 000 cordes de pulpe par année. En 1939-45, c’est la guerre et la fin des affaires pour Édouard Lacroix.

Wilfrid Bienvenu a œuvré toute sa vie dans le domaine forestier occupant tour à tour les fonctions de gérant de la English Lake Lumber co. Il a participé à la direction de la compagnie et, pendant de nombreuses années, c’est le précieux collaborateur de son père et de ses frères. Après l’incendie de la manufacture de Nova Scotia Woodenware Limited, et après s’être départi de ses intérêts dans Howard-Bienvenu inc., il fonde, avec ses fils Hervé et Rodolphe, à Disraeli, la société Quebec Woodenware Co. Ltd, dont c’est le premier président.

Philippe Bienvenu et son frère Wilfrid, sont propriétaires de la English Lake Lumber Co. En 1923, la English Lake Lumber Co. et la B.C. Howard Lumber Co. décidèrent d’unir leurs efforts en vue de faire le flottage (drave) du bois destiné à leurs scieries respectives. On fonde alors English Lake Driving Co. L’administration de cette nouvelle compagnie fournit à Philippe Bienvenu l’occasion de faire connaissance avec Charles Howard, puis se lier d’amitié avec lui.

Howard, Charles Benjamin Howard est le fondateur ainsi que l’administrateur de la compagnie B.C. Howard Lumber Co. Homme d’affaire, maire, député et aussi sénateur, la présence da compagnie favorisa grandement la colonisation dans le sud-est du Québec, plus particulièrement dans les comtés de Beauce, Dorchester, Bellechasse et Montmagny, où plusieurs scieries furent érigées.